Depuis 2008, Pape Thiaw se
fait rare sur les terrains de football. L'international sénégalais n'a pas eu
que des jours heureux, ces deux dernières années. D'abord handicapé par une
grave blessure au genou, l'ancien joueur de Metz a eu maille avec la justice
française, accusé de violences conjugales. Placé sous mandat de dépôt et
condamné à un an ferme de prison, il a ensuite été disculpé en appel. Aujourd'hui,
l'homme, Pape Thiaw, veut repartir sur de nouvelles bases et le joueur chausser
de nouveau les crampons du football de haut niveau.
Afrique Football :
Exercez-vous toujours votre métier
de footballeur ?
Pape Thiaw : Tout à fait. Je suis toujours footballeur. C'est
mon job. Le dernier club dans lequel j'ai évolué est le Real Murcia, club de D2
en Espagne. J'y ai joué la saison dernière.
Vos difficultés ont commencé
en 2008, avec une grave blessure au genou. On vous a également accusé d'avoir
frappé votre femme. Est-ce-vrai ?
Oui ! Il y a eu des
incidents dans mon couple et c'est quelque chose que je regrette
énormément.  Je ne veux pas
trop rentrer dans les détails, mais ça m'a beaucoup handicapé. Je n'ai pas pu
m'expliquer et je sais que les gens ont beaucoup parlé. Cette interview me donne
l'occasion de m'expliquer et de donner ma version des faits.
Justement, quelle est votre
version des faits ? Vous avez fait l'objet d'un mandat d'arrêt ?
En effet, le mandat d'arrêt a été
exécuté avec une condamnation à une année de prison. Mais j'ai été condamné par
défaut, car je ne me suis pas présenté à l'audience. A l'époque, je venais de
subir une opération et donc je n'ai pas pu me présenter au tribunal. Raison
pour laquelle, le juge a été sévère envers moi. Ce que je comprends tout Ã
fait. Dans un second temps, je suis allé m'expliquer devant le juge et j'ai été placé sous surveillance dans un
hôpital pendant 20 jours. Par la suite, mon avocat a fait appel de la
condamnation. Et au second procès, j'ai été blanchi par la justice française.
Vous n'avez donc pas passé un an en prison ?
Non, pas du tout. J'ai juste fait
20 jours en hôpital surveillé. Si j'avais fait une année en prison, je n'aurais
pas joué en Espagne la saison dernière.
Avez-vous réussi à vous
reconstruire après cette parenthèse douloureuse ?
En réalité, cette situation m'a
beaucoup touchée et aussi atteint ma famille. Les gens vous regardent d'un
autre œil. Evidemment je comprends, car l'opinion ne sait pas réellement ce qui
s'est passé. Les Sénégalais entendent parler de violences conjugales et d'une
condamnation à une année de prison et ça paraît assez grave. J'ai été touché,
car j'ai un enfant. Mais j'essaie de me reconstruire.
Cette condamnation est-elle
inscrite dans votre casier judiciaire ?
Non, pas du tout, étant donné que
lors du procès en appel, j'ai été totalement blanchi. Après ma liberté
provisoire, on est passé au jugement. Aujourd'hui, mon casier est vide et
j'espère que ça va continuer ainsi.
Depuis Janvier 2008, vous êtes
à la recherche d'un club, comment vous maintenez-vous physiquement ?
En fait, j'ai pris le temps de me
soigner. Je traînais ma blessure même en Espagne. Ceci explique d'ailleurs que
je n'ai pas continué avec le Real Murcia. J'ai décidé de prendre soin de mon
corps et aujourd'hui, je me sens beaucoup mieux. Je veux revenir à un bon
niveau pour la saison prochaine. Cette année, j'ai eu quelques contacts avec un
club de première division suèdois. Arrivé sur place, j'ai vu que les clubs
évoluaient sur une pelouse synthétique. Des terrains qui ne me conviennent pas
encore. J'ai un peu peur pour mon genou et j'ai décidé de ne pas prendre de
risques. Je vais poursuivre mes
soins et me préparer pour la saison à venir.
Comment appréhendez-vous
l'avenir ?
J'ai envie de rester dans le
milieu professionnel, car j'ai encore largement les qualités pour y jouer. Je
pense aux clubs de ligue 1, ligue 2 ou de national et je vais privilégier
l'aspect sportif. C'est ça qui m'intéresse le plus.
On imagine que vous suivez la reconstruction de la tanière avec dernièrement
la nomination d'Amara Traoré. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
Le Sénégal a de bons joueurs,
mais il faut prendre le temps de reconstruire. Je comprends aussi les
supporters, habitués à de bonnes performances de l'équipe. Et c'est partout
pareil. En Europe aussi, les amateurs s'énervent dès que les résultats de leur
club ou de leur équipe nationale ne suivent pas. Mais il faut laisser les gens
travailler. Je pense qu'avec Amara Traoré, l'équipe peut faire de bonnes
performances, car il a les joueurs qu'il faut.
Depuis cette belle épopée à la
Coupe du Monde 2002 Ã laquelle vous avez pris part, beaucoup de joueurs
sénégalais ont tiré leur révérence comme Ferdinand Coly, Aliou Cissé ou encore Khalilou Fadiga. Vous
arrive-t-il encore de penser à la tanière ?
Le Sénégal est mon pays. Mais
pour l'instant, je pense d'abord à retrouver un club. Il faut que je joue au
football et après on verra. Je pense encore avoir le niveau. Mais pour être honnête, ma priorité, c'est ma
carrière personnelle. Le tout, c'est de démarrer et d'évoluer à un bon niveau.
En attendant, je suis le premier supporter de l'équipe du Sénégal.
Propos recueillis par notre
correspondante permanente au Sénégal, Mame Fatou Ndoye.
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